Renault 5 électrique : quand la nostalgie rencontre les chiffres de vente
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Avec plus de 40 000 immatriculations en 2025, la Renault 5 E-Tech a bousculé le marché français de l'électrique. Un succès qui interroge autant les stratégies industrielles que l'attachement émotionnel des acheteurs.

Comprendre le phénomène Renault 5 : au-delà du simple carton commercial
La citadine électrique surpasse de loin le Tesla Model Y qui arrive en deuxième position avec 19 200 exemplaires immatriculés, soit presque le double. Ce résultat place la R5 comme leader incontesté du segment électrique français, mais aussi dans le top 10 des voitures les plus vendues en France toutes motorisations confondues.
Pour une citadine 100% électrique commercialisée depuis octobre 2024 seulement, l'exploit dépasse les prévisions les plus optimistes du constructeur.
L'usine de Douai a produit 100 000 exemplaires en 15 mois, alors qu'il avait fallu plus de cinq ans à la Zoé pour atteindre cette barre. Cette accélération industrielle témoigne d'un appétit du marché que Renault n'avait pas connu depuis longtemps sur l'électrique.
Production française et positionnement tarifaire : les deux leviers stratégiques
Fabriquée à l'usine ElectriCity de Douai dans les Hauts-de-France avec plus de 100 000 exemplaires déjà produits depuis septembre 2024, la R5 capitalise sur un argument devenu central : la traçabilité locale. Dans un contexte où les véhicules importés d'Asie subissent une défiance croissante et où le bonus écologique français favorise explicitement les productions européennes, cet ancrage territorial constitue un atout commercial majeur.
Le prix demeure l'autre pilier du succès. La version Five affiche un tarif à partir de 20 680 euros après déduction du bonus écologique de 4 000 euros et de la prime CEE de 310 euros. Ce positionnement agressif permet à Renault de rivaliser frontalement avec la Citroën ë-C3 tout en maintenant une offre technique crédible : autonomie de 312 kilomètres en cycle WLTP avec la batterie de 40 kWh, suffisante pour un usage urbain et périurbain majoritaire.
Le design rétro : calcul marketing ou véritable levier émotionnel?
Impossible d'ignorer la dimension nostalgique du projet. Les références stylistiques à la Supercinq des années 1980 ne relèvent pas du hasard. Le développement est parti d'une maquette orange présentée en juillet 2020 au PDG Luca de Meo, initialement rejetée car la marque ne souhaitait pas produire une voiture rétro. Pourtant, de Meo a insisté pour transformer cette étude exploratoire en prototype fonctionnel. Pari gagnant.
Ce design joue sur plusieurs registres : il rassure les quinquagénaires et sexagénaires qui ont connu l'original, tout en séduisant une clientèle plus jeune friande de références vintage. Les détails (phares ronds, joncs de toit personnalisables, logos lumineux) créent une identité visuelle forte dans un univers automobile électrique souvent jugé froid et standardisé.
Tesla détrôné : changement d'époque ou accident de parcours?
Le Tesla Model Y accuse un recul de 32,8% en France tandis que la Model 3 chute de 47,3%. La marque américaine paie-t-elle le prix de son positionnement premium face à des alternatives européennes plus accessibles? Ou s'agit-il d'un simple effet de nouveauté, comme la Fiat 500e qui termine à la 20e position avec seulement 4 435 immatriculations soit 20 000 unités de moins qu'en 2023?
Franchement, voir Tesla perdre autant de terrain en douze mois me laisse songeur. Pas par sympathie particulière pour la marque californienne, mais parce que cela illustre une fragilité structurelle des leaders installés face à des produits bien calibrés. Le Model Y reste objectivement supérieur sur plusieurs aspects techniques (autonomie, réseau de charge, performances), mais il ne fait plus rêver de la même manière. Et dans l'automobile, l'affect pèse lourd... peut-être trop lourd pour que ce soit rationnel d'ailleurs. On achète une voiture avec ses émotions autant qu'avec sa raison, et Renault l'a compris en ressuscitant une icône plutôt qu'en proposer un énième SUV électrique sans âme.
Le leasing social : catalyseur décisif du succès
La Renault 5 a capté environ 11 500 commandes via le leasing social soit près de 30% de part de marché sur ce dispositif. Ce programme gouvernemental proposant des véhicules électriques à partir de 100 euros par mois sans apport pour les ménages modestes a clairement dopé les ventes sur le dernier trimestre 2025. Sans cette aide, le volume d'immatriculations aurait-il atteint de tels sommets? Probablement pas! Malgré son bon rapport qualité-prix.
Le rebond de décembre affiche +42,5% avec 42 211 immatriculations électriques grâce au leasing social qui a largement profité à la R5. Cette dépendance aux subventions interroge la pérennité du modèle commercial dans un contexte budgétaire contraint.
Perspectives 2026 : maintenir la dynamique ou gérer la décrue?
La R5 a reçu 44 prix automobiles internationaux dont celui de Voiture européenne de l'année, consolidant sa légitimité technique au-delà du simple effet de mode. Elle a été leader des électriques au Royaume-Uni en octobre et domine son segment aux Pays-Bas et en Espagne, preuve que l'engouement dépasse les frontières françaises.
Reste à savoir si Renault saura éviter l'écueil de la Fiat 500e, passée de star à figurante en deux ans. L'arrivée de concurrents plus agressifs sur les prix (Volkswagen ID.2, Fiat Grande Panda) et l'élargissement progressif de l'offre électrique accessible pourraient rogner les parts de marché dès 2026. La bataille ne fait que commencer.
FAQ : ce qu'il faut retenir sur le succès de la Renault 5 électrique
Quelles sont les versions disponibles et à quel prix?
La version Five équipée d'un moteur de 70 kW (95 ch) et de la batterie de 40 kWh est proposée à partir de 24 990 euros hors aides. Les versions Techno et Iconic Cinq avec moteur de 150 ch et batterie de 52 kWh démarrent respectivement à 33 490 et 35 490 euros.
Pourquoi la Renault 5 surpasse-t-elle Tesla en France?
Le positionnement tarifaire agressif, la production française valorisée par le bonus écologique, et surtout un design émotionnel fort expliquent ce renversement. Un prix compétitif, une forte valeur symbolique et une production nationale maîtrisée constituent les leviers conjugués du succès.
Le succès commercial est-il durable?
Le calendrier du prochain leasing social pourrait arriver plus tôt en 2026 selon les souhaits du gouvernement, mais la dépendance aux aides publiques reste un facteur d'incertitude. La capacité de Renault à maintenir ses volumes sans subventions massives déterminera la pérennité de cette dynamique.



